La prise de Medjana
Le 8 avril, à deux heures du matin, le réveil a lieu dans chaque corps sans sonnerie ni bruit, au moyen d’hommes allant de tente en tente : l’ambulance, les bagages, rentrent dans le bordj, et, à quatre heures et demie, on est en marche vers le lieu de rassemblement reconnu la veille dans la direction de la Medjana ; mais un brouillard intense ne permet pas de s’orienter convenablement, on perd près d’une heure à s’organiser, et la marche en avant ne commence que vers les six heures.
La ligne de tirailleurs qui forme l’avant-garde, cachée par le brouillard, marche longtemps sans être inquiétée, et ce n’est qu’à dix heures du matin qu’elle ouvre le feu sur les contingents rebelles embusqués derrière les premières ondulations de la plaine : l’artillerie aussitôt balaye le terrain de ses obus, et la cavalerie, par une charge vigoureuse, déloge les rebelles de la crête dite Sera-el-Mrabaâ et poursuit les fuyards dans la plaine.
A deux heures, sans avoir cessé de combattre et de marcher, on arrive au village dans lequel le Goum du bachagha ont leurs habitations autour du bordj de la Medjana.
Ce bordj était alors un beau corps de bâtiment, avec cour et jardin entourés d’une solide muraille, ayant bastions et créneaux ; le tout construit en bonne et belle maçonnerie. Une source limpide et bien aménagée coulait au milieu des cinquante maisons du village et arrosait un autre jardin planté d’arbres de France.
Ce bordj aurait pu tenir longtemps, même contre les obus de nos petits canons de montagne ; mais le bachagha n’avait pas voulu se faire bloquer dans son château, et tout avait été évacué. La résistance ne fut pas ce que l’on craignait : les quelques défenseurs restés dans les maisons en sortirent dès qu’ils se virent menacés d’avoir la retraite coupée ; le combat rie dura guère qu’une heure et demie, et nous n’eûmes que quatre blessés, dont un spahi mortellement frappé.
Les premiers arrivés avaient mis le feu au village et allaient incendier le bordj, quand le général empêcha cette destruction inutile.
Le camp fut établi dans l’intérieur et autour du village; il formait un carré ayant le bordj à un de ses angles. Le général Saussier et son état-major occupèrent ce bordj, et l’ambulance fut installée dans deux grandes et belles maisons appartenant à l’intendant du bachagha. Immédiatement, on creusa un fossé autour du camp et on éleva des petits retranchements en pierres sèches, derrière lesquels les hommes couchèrent tout habillés.
Le 9, dimanche de Pâques, on s’occupa de fortifier le camp, qui ne fut pas attaqué.
Le 10, les rebelles se montrant en plus grand nombre sur les crêtes voisines, le général, avec une colonne légère, fait, vers le nord, une vigoureuse sortie à la suite de laquelle il enlève de vive force et incendie le village de Sounaf.
L. Rinn L’insurrection de 1871
