Le rescapé

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Fidèles au rendez-vous avec le commissaire politique de la ville de B.B.A. au faubourg des jardins. Je le savais qu’ils faisaient partie de l’organisation de la révolution depuis des mois étant donné que les rencontres se reproduisaient au fur et à mesure des cas de nécessité.

- Ali TOUATI : sans profession apparente, lettré connaissant le coran, mince de taille, portant des lunettes de vue rondes et coiffé de chèche en demi, aucun sourire, guide de l’ensemble quaternaire.

- Abdelmadjid LAROUSSI : garçon de café, taille vers la corpulence, aime parler avec sourire.

- Hocine SEDDIKI : livreur de pain, bonne stature, musclé, silencieux, sourire fin.

- Saïd SMATI : apprenti boucher, mince, les yeux enveloppés de lunettes de vue, souriant aux dents blanches.

En cette journée du mois de ramadhan durant les premières semaines de l’année 1962, ils (les trois premiers) allaient partir une heure et demie environ avant la rupture du jeûne dont la mission m’était ignorée.


Entrée de l’école Malika KAID route du stade BOUZIDI Messaoud centre
ville

J’ai cru que l’un deux, en l’occurrence le garçon de café, le plus contacté par moi-même allait travailler, je ne le quittais plus, je lui ai dis que je prendrais au café le bol de lait et la brioche avec toi comme auparavant, il me disait que son tour n’est pas pour aujourd’hui, tout en marchant avec l’ensemble, les yeux de Ali étaient pointés dès le début vers moi d’un regard inacceptable.

En ce temps là, il n’y avait pas de fils barbelés dans toute la ville, donnant une certaine liberté de circuler mais surveillée par des personnes de sécurité en civil. Un relâchement favorable aux déplacements des citoyens.


A droite l’immeuble construit à la place des voûtes démolies après
l’indépendance

Arrivé à l’entrée de la ville (actuel Musée du moudjahid), le guide Ali a été catégorique envers Abdelmadjid de le mettre en demeure de me renvoyer chez moi. Ce dernier m’avait promis que le bol de lait et la brioche seraient pour demain soir. Devant cette attitude de colère du guide, j’ai dû renoncer de faire partie du groupe et retourner à la maison, seul et déçu.

Le lendemain, les hauts parleurs ambulants en véhicules militaires annonçaient dans les coins de la ville ainsi que ses artères que quatre terroristes ont été mis hors d’état de nuire.

Des noms de ces personnes ont été divulgués au public, il s’agissait des quatre résistants armés tombés au champ d’honneur dans une maison de toiture en forme de voûte couverte de zinc ondulé située route du stade centre ville (démolie : actuelle immeuble de l’école Malika GAID)

Des informations par la suite faisaient état que les quatre martyrs avaient une mission à accomplir en ville ,la rupture du jeûne les a surpris dehors , ils courraient les rues désertes et suivi de loin par la vision de certains mécontents à la libération du pays du joug colonial, il se refugièrent dans la maison en forme de voûte.

La maison fut encerclée de nuit par les autorités militaires françaises où des tirs se succédèrent, l’assaut est donné et s’est soldé par la perte des quatre résistants tombés au champ d’honneur les armes à la main et la mise aux arrêts des occupants de ce domicile.

Effrayé durant les journées qui s’ensuivent, le 19 mars 1962, jour du cessez le feu en Algérie, fête de la victoire prévue au tableau des jours de l’année, le dernier soupir est écarté par l’apaisement sur le visage des citoyens.

Le destin a voulu que par le biais du guide de m’écarter du groupe car c’était une mission dangereuse dont j’ignorais son but, ils sont morts en martyrs pour que la génération vive dans la liberté dans un pays souverain. L’image de ce parcours restera pour toujours dans ma vie en souvenir.

Rebbache Laid

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria