Septime Sévère : le premier empereur africain et berbère fondateur de la dynastie des Sévères

, par  Mokrane Mokrani , popularité : 5%

Septime Sévère, Lucius Septimius Severus Pertinax (11 avril 146 - 4 février 211) fut empereur romain de 193 à 211. Avec lui commence la dynastie des Sévères et l’arrivée au pouvoir de provinciaux d’ascendance non romaine.

Septime Sévère naît le 11 avril 145 à Leptis Magna, une ville située en Tripolitaine sur la côte de la Libye actuelle. C’est un Africain issu d’une famille indigène de grands notables Libyco-puniques du coté de son père, Publius Septimus Geta, qui avait accédé à la citoyenneté romaine au cours du Ier siècle et d’immigrés italiens mariés à des indigènes ayant obtenu la citoyenneté du coté de sa mère Fulvia Pia. Des deux côtés, des notables : ainsi son grand-père paternel fut préfet de Leptis avant d’en être le premier duumvir lorsque la cité devint colonie sous Trajan. Il se marie en secondes noces avec Julia Domna, fille du grand prêtre d’Emèse (Syrie), dont il a deux fils, Geta et Caracalla.

Septime Sévère fut le prétendant à l’Empire qui sut s’imposer dans la crise qui suivit l’assassinat de Commode. Sénateur d’origine africaine, il s’appuya sur ses armées et sur sa présence à Rome, source de légitimité, pour éliminer ses principaux rivaux, Pescennius Niger en Orient puis Clodius Albinus en Occident. Ce prince (princeps) laissa une œuvre considérable : une partie de Rome fut reconstruite, l’administration centrale et l’administration provinciale furent étoffées, l’armée fut partiellement réorganisée. Ses brillantes victoires contre les Parthes lui permirent d’acquérir une popularité et une légitimité qu’il accompagna d’une politique dynastique active.

Sévère passa ensuite à l’école du grammairien (grammaticus) où lui fut dispensé un enseignement en grammaire et littérature sous l’égide des grands noms de la littérature antique (Homère, Vigile, Térence, Horace, Salluste, Cicéron). Enfin, un maître de rhétorique (rhetor, en grec sophiste) se chargea de lui apprendre à composer et déclamer un discours. Finalement, Sévère aurait joui d’une formation en droit.

A dix-huit ans, il s’exerça en public à des déclamations. Plus tard, il vint à Rome pour perfectionner ses études, demanda à Marc Aurèle le laticlave, et l’obtint par le crédit de Septimius Sévère, son parent, qui avait déjà été deux fois consul. A son arrivée à Rome, il trouva son hôte occupé à lire la vie de l’empereur Adrien., et cette circonstance lui parut un présage de sa grandeur future. Ce ne fut point le seul ; car ayant été invité au repas de l’empereur, et s’y étant rendu avec un manteau, tandis qu’il devait s’y présenter revêtu de la toge, on lui donna celle que portait l’empereur lui-même lorsqu’il présidait. La même nuit, il eut un songe où il se voyait, comme Rémus ou Romulus, attaché aux mamelles d’une louve. Une autre fois, il s’assit, sans savoir que cela n’était point permis, sur le siège de l’empereur, qu’un des officiers du palais avait mis hors de sa place. Enfin, un jour qu’il dormait dans une hôtellerie, un serpent se roula autour de sa tête, et, ses serviteurs s’étant éveillés et poussant de grands cris, il se retira sans lui avoir fait de mal.

L’empereur Marc Aurèle lui décerna le tribunat du peuple, et il s’acquitta de cette charge avec sévérité et énergie. Il épousa alors Marcia, dont il ne dit rien dans l’histoire de sa vie privée, et à qui plus tard, devenu empereur, il érigea des statues. A l’âge de trente-deux ans, il fut désigné préteur par Marc Aurèle, qui le choisit, non parmi les candidats reconnus, mais dans la foule des compétiteurs. Envoyé alors en Espagne, il eut un songe dans lequel il lui était ordonné de « rétablir le temple d’Auguste à Tarragone, qui déjà tombait en ruines. » Dans un autre songe qui suivit celui-là, il crut voir du haut d’une montagne très élevée Rome et toute l’étendue de l’empire, dont les diverses provinces s’unissaient dans un concert de lyre, de voix et de flûtes. Il donna des jeux quoique absent. Il reçut ensuite le commandement de la quatrième légion scythique, qui était cantonnée aux environs de Marseille.Puis il se rendit à Athènes pour s’y perfectionner dans les lettres, se faire initier aux mystères, et visiter les monuments et les antiquités de cette ville. Là, il reçut des Athéniens quelque offense, dont il garda le souvenir, et, lorsqu’il devint empereur, il s’en vengea en restreignant leurs privilèges. Il gouverna ensuite la province Lyonnaise en qualité de lieutenant. Après la perte de sa femme, voulant contracter un second mariage, il s’informa avec soin de l’horoscope des filles à marier ; car il était lui-même très habile en astrologie. Or, il apprit qu’il y avait en Syrie une jeune fille, qui, d’après son horoscope, était destinée à épouser un roi. Il la demanda en mariage, et l’obtint par l’entremise de ses amis. C’était Julie ; elle ne tarda pas à le rendre père.

Les Gaulois s’attachèrent à lui plus qu’à aucun autre à cause de sa sévérité, de sa probité et de son désintéressement. Il gouverna ensuite les Pannonies avec l’autorité de proconsul ; puis le proconsulat de Sicile lui échut par le sort. Il lui naquit alors à Rome un second fils. Tandis qu’il était en Sicile, il fut accusé d’avoir consulté, dans des vues ambitieuses, des devins ou des magiciens. On lui avait donné, pour juges les préfets du prétoire ; mais, comme déjà Commode devenait odieux, on le renvoya absous, et son accusateur fut mis en croix. Il fut consul pour la première fois avec Apuleius Rufinus, Commode l’ayant désigné entre un grand nombre de candidats. Après son consulat, il passa presque une année entière à Rome dans l’inaction ; puis, par le crédit de Létus, il fut nommé au commandement de l’armée de Germanie. Avant de s’y rendre, il acheta des jardins spacieux, tandis qu’auparavant il n’avait qu’une maison fort petite à Rome, et une seule terre. Un jour que, dans ces jardins, il prenait un repas frugal avec ses enfants sur le gazon, et que l’aîné, qui n’avait alors que cinq ans, distribuait trop généreusement les fruits de la table à ses petits camarades, son père le réprimanda en lui disant : « Un peu plus d’économie : tu n’as pas les richesses d’un prince. — Non, répondit l’enfant, mais je les aurai. » Arrivé en Germanie, il s’acquitta si bien de sa charge, qu’il mit le comble à la réputation qu’il s’était déjà faite.

Jusque-là, quel que fût l’éclat des fonctions qu’il avait remplies, il n’était point sorti de la condition privée ; mais lorsque les légions de Germanie apprirent que Commode avait péri, et que Julianus s’était élevé à l’empire au milieu de la haine universelle, Sévère se vit assailli de pressantes sollicitations, et, malgré sa résistance, il fut proclamé empereur à Carnute, le treize d’août. Il distribua aux soldats mille sesterces par tête,ce que jamais aucun prince n’avait fait auparavant. Après s’être bien assuré les provinces qu’il laissait derrière lui, il se mit en marche vers tome. Nulle part il ne rencontra de résistance ; car déjà les armées de l’Illyrie et des Gaules, entraînées par leurs chefs, lui avaient prêté serment. Partout il fut accueilli comme le vengeur de Pertinax. Dans le même temps, le sénat, sur la demande de Julianus déclara Sévère ennemi publics et envoya à l’armée des députés pour ordonner en son nom aux soldats de se séparer de lui. Sévère, lorsqu’il apprit l’arrivée de ces députés et les ordres du sénat, fut un instant alarmé ; mais ensuite il sut si bien les corrompre, qu’ils parlèrent eux-mêmes aux soldats en sa faveur, et passèrent dans son parti. A cette nouvelle, Julianus fit faire un sénatus-consulte par lequel Sévère était appelé à partager avec lui l’empire. Cette proposition était-elle faite avec franchise, ou ne cachait-elle point plutôt une perfidie ? Déjà auparavant Julianus avait donné commission de tuer Sévère, à des gens qui avaient fait leurs preuves en ce genre, de même qu’il en avait envoyé d’autres pour se défaire de Pescennius Niger, que les armées de Syrie avaient entraîné à se déclarer empereur. Sévère, ayant échappé aux meurtriers, écrivit aux prétoriens, pour leur donner le signal d’abandonner ou de tuer Julianus : ce signal fut entendu ; car aussitôt Julianus fut tué dans le palais, et Sévère fut invité à se rendre à Rome. Ainsi, ce qui ne s’était jamais vu, il ne fallut à Sévère qu’un signe de sa volonté pour qu’il fût vainqueur ; et il marcha vers Rome à la tête de son armée.

Quoique Julianus fût mort, Sévère continua à prendre, dans la marche de son armée et dans ses campements, les mêmes précautions que, s’il eût traversé un pays ennemi Le sénat lui envoya donc une députation de cent de ses membres, pour lui offrir ses félicitations et ses vœux. Ils le rencontrèrent à Interamne ; mais avant de les admettre en sa présence, on les fouilla dans la crainte qu’ils ne portassent sur eux quelque arme eschée. Sévère leur donna audience au milieu de ses gardes, et armé lui-même. Le lendemain, tous ceux qui étaient attachés à la cour étant venus à sa rencontre, il distribua à chacun des députés du sénat quatre-vingt-dix pièces d’or, et, en les congédiant, il permit à ceux qui le voudraient, de rester auprès de sa personne, et de rentrer avec lui à Rome. Il établit aussitôt préfet du prétoire Flavius Juvenalis, que Julianus lui-même avait aussi nommé à cette charge, quoiqu’il y eût déjà deux autres préfets. Cependant, à Rome, les soldats et les citoyens étaient dans l’inquiétude et la terreur, en voyant Sévère s’avancer en armes, comme s’il voulait se venger de ceux qui l’avaient déclaré ennemi de la république. Ajoutez à cela que Sévère, ayant appris alors que Pescennius Niger avait été proclamé empereur par les légions de Syrie, intercepta, à l’aide de ses émissaires, les lettres et les édits que le nouveau prince envoyait au peuple ou au sénat, empêchant ainsi qu’ils ne fussent mis sous les yeux du peuples ou lus dans le sénat. Il pensa aussi alors à désigner pour son successeur Clodius Albinus, à qui le décret de Commode paraissait assurer le titre de césar et la succession à l’empire. Mais comme il craignait ceux-là mêmes dont il avait bonne opinion, il envoya Héraclite pour s’assurer de la Grande-Bretagne, et chargea Plautianus de s’emparer des enfants de Niger. Arrivé à Rome, Sévère ordonna aux prétoriens de se rendre auprès de lui, revêtus d’une simple tunique et sans armes ; et lorsqu’ils se présentèrent selon ses ordres, ils furent environnés de gens armés, et comparurent ainsi devant son tribunal.

Il fit ensuite son entrée à Rome, armé lui-même, à la tête de ses troupes armées. Il monta ainsi au Capitole, et de là se rendit au palais ; devant lui on portait renversé les étendards dont il avait dépouillé les prétoriens. Ensuite les soldats se répandirent par toute la ville, et s’établirent dans les temples, les portiques et les édifices qui environnaient le palais, comme dans autant d’hôtelleries. L’entrée de Sévère fut quelque chose d’odieux et de terrible : car les soldats prenaient sans payer tout ce qui leur convenait, et menaçaient de mettre la ville au pillage. Le lendemain, Sévère se rendit au sénat, environné non seulement de ses gardes, mais d’une escorte d’amis, tous armés. Il rendit compte des motifs qui l’avaient déterminé à prendre le titre d’empereur, et il allégua, pour justification, que Julianus avait envoyé, pour le tuer, des gens déjà connus par le meurtre d’autres chefs d’armée, il força même le sénat à rendre un décret d’après lequel il ne serait point permis à l’empereur de mettre à mort un sénateur, sans avoir consulté le sénat. Mais tandis que ces choses se passaient, les soldats se mutinèrent et exigèrent du sénat dix mille sesterces, alléguant l’exemple de ceux qui, ayant conduit à Rome Octave Auguste, avaient reçu la même somme. Sévère voulut les réprimer, mais en vain : il parvint cependant à calmer leur effervescence et à les éloigner du sénat, en leur accordant une gratification. Il célébra ensuite, en l’honneur de Pertinax, des funérailles solennelles, mit au rang des dieux, lui consacra une flamine et le collège des helviens qui jadis étaient les prêtres de Marc Aurèle. Lui-même voulut être appelé Pertinax : plus tard cependant il renonça à ce nom, sur les observations de ses amis. Ensuite il acquitta les dettes qu’il avait contractées.

Sévère a construit, en beaucoup de villes, un grand nombre de monuments remarquables ; mais ce qui lui fait le plus d’honneur, c’est qu’à Rome, où il a réparé tous ceux des édifices publics que le temps avait détériorés, il n’inscrivit son nom sur presque aucun d’eux, et conserva religieusement celui des premiers fondateurs. Lorsqu’il mourut, Rome était approvisionnée de blé pour sept ans, à soixante-quinze mille boisseaux par jour ; et ses magasins d’huile étaient si abondamment fournis, qu’ils pouvaient suffire pendant cinq ans, non seulement à Rome, mais à l’Italie entière, qui en était dépourvue.On dit que telles furent ses dernières paroles : « La république était partout dans le trouble et la confusion, lorsque je l’ai reçue ; je la laisse partout en paix, même dans la Grande-Bretagne : vieux et infirme, je remets à mes fils un empire solide et assuré, s’ils sont bons ; mais faible et fragile, s’ils ne le sont point. » Ensuite il fit donner pour mot l’ordre au tribun : « Travaillons ; » Pertinax avait donné pour mot d’ordre à son avènement : « Combattons. » Il était d’usage que la statue d’or qui représentait la Fortune de l’empire accompagnât partout les princes et fût placée dans leur chambre. Sévère voulait qu’on en fit une seconde, afin de laisser à l’un et à l’autre de ses fils ce simulacre sacré ; mais, se voyant pressé par l’heure de sa mort qui approchait, il ordonna, dit-on, que la statue de la Fortune impériale fût, chaque jour alternativement, portée chez l’un et chez l’autre des deux empereurs. Mais Bassianus ne fit aucun cas de cette recommandation, même avant de commettre son parricide.

Le corps de Sévère, depuis la Bretagne jusqu’à Rome, fut reçu, par tontes les provinces où il passa, avec une grande vénération. il y a des gens qui prétendent que le corps fut brûlé dans l’endroit même où mourut Sévère, et que l’on ne porta à Rome, dans le sépulcre des Antonin, que ses cendres renfermées dans une urne d’or. Lorsqu’il construisit le Septizonium, il tint beaucoup à ce que ce monument se présentât le premier à ceux qui arrivaient d’Afrique : il aurait même établi de ce côté l’entrée d’honneur du palais impérial, si, pendant qu’il était absent, le préfet de la ville n’avait point déjà placé sa statue au milieu de cet édifice.Alexandre, plus tard, voulut aussi faire le même changement ; mais il en fut empêché par les aruspices, parce qu’ayant consulté Ira dieux les augures n’avaient point été favorables.

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria