Change informel : l’euro monte, le blanchiment et la fuite de capitaux aussi

, par  Layachi Salah Eddine, Le Soir d’Algérie. , popularité : 3%

La hausse constante de l’euro depuis deux mois donne l’urticaire aux pseudos importateurs. Officiellement, 1 euro s’échange en banque à 101 DA et aujourd’hui chez le cambiste à 146 DA.

Le seuil rouge a déclenché une grande angoisse chez les personnes voulant partir à La Mecque pour une omra, chez des gens qui veulent se soigner en France ou de simples personnes voulant faire du tourisme. Devant l’inaccessibilité de ces derniers pour faire le change auprès des banques algériennes, ils se rabattent fatalement sur les cambistes. Les cambistes “travaillent” à ciel ouvert dans un marché de change informel au vu et au su des autorités. L’euro y est librement convertible en dinars ; des liasses de billets à la main, des jeunes cambistes clandestins déambulent près du marché couvert du centre-ville de Bordj-Bou-Arréridj à l’affût du moindre client. Ils proposent aux passants des euros contre des dinars. Il existe des espaces aménagés en bureaux discrets où se rencontrent gros clients et cambistes pour peaufiner leurs comptes à l’abri des regards. Les coffres des voitures bourrés de milliards de centimes en dinars emballés dans des cartons ou des sacs en plastiques noir. Ces nababs achètent des euros quelle que soit sa valeur sur le marché. Les cambistes, selon eux, arrivent à vendre de 100 000 à 300 000 euros par jour. ll va sans dire que le marché parallèle brasse des capitaux importants.

Mais qui sont ces gens qui ont des milliards de dinars “hors banque” ? S’agit-il d’un blanchiment d’argent destiné au financement de la criminalité, ou sont-ils destinés à un transfert de capitaux en euros vers les pays étrangers en raison de la situation politique algérienne ? Les cambistes sont formels, le flux financier en euros est destiné à l’étranger. Il paraît que les devises passent par une banque tunisienne et de cette dernière vers d’autres pays, en l’occurrence Dubaï, car de nombreux Algériens ont investi dans ce pays. Loin d’être un délit sans victimes, le blanchiment d’argent et la fuite des capitaux ont de lourdes conséquences sur l’économie algérienne. Ce qui est étrange, comment ces milliards de dinars ont été acquis pour être échangés contre l’euro ? Il ne peut s’agir que d’un réseau criminel à plusieurs fonctions.

En effet, le réseau criminel permet le contact entre un acteur illégal et un autre légal (politiciens, fonctionnaires, opérateurs économiques, entrepreneurs) ou illégal (autre familiale) le réseau selon une cadre de l’IGF qui veut garder l’anonymat, se caractérise alors par l’enchevêtrement de ses activités et par la multiplicité des métiers exercés officiellement par ses membres. Il ajoute que le réseau est une instance qui intègre de façon inséparable l’économique et le social puisque pour accumuler du pouvoir financier et politique et de solidarité en instituant des systèmes de droits et d’obligation qui s’imposent à l’individu. Le réseau criminel présente l’avantage de correspondre à la réalité de toutes les grandes organisations mafieuses contemporaines. C

e cadre de l’IGF a constaté durant son activité une grande analogie des objectifs poursuivis et de méthodes employées, ces organisations ont pour finalité la conquête de positions dominantes sur les marchés illégaux et légaux ; dans ce contexte, le recours à la corruption est une règle indépassable. Donc si dans la wilaya de Bordj-Bou-Arréridj, les cambistes brassent près de 30 millions d’euros par an minimum, qu’en est-il à Sétif à El-Eulma et dans d’autres villes d’Algérie ?

Il doit y avoir des milliards d’euros chaque année qui se trouvent entre les mains de quelques nababs qu’ils transfèrent vers l’étranger, ce que l’on appelle la fuite de capitaux et blanchiment d’argent, puisque les cambistes ne sont pas payés par remise de chèque bancaire, ce qui aurait permis à nos banques de contrôler le flux financier en devises et en dinars “hors banque”. Surtout lorsque l’on sait que le financement du terrorisme provient du blanchiment d’argent ! Il y a péril en la demeure et il appartient à l’Etat qui a le droit et le devoir d’enquêter sur l’origine des fonds “hors banque” afin de lutter contre toute forme de délinquance financière, de terrorisme et de corruption des fonctionnaires.

Layachi Salah-Eddine

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria