Le travail des enfants : un phénomène qui prend de l’ampleur

, par  Layachi Salah Eddine, Le Soir d’Algérie. , popularité : 4%

Ils sont des centaines d’enfants travailleurs de
la tranche d’âge de 13 à 17 ans qui sont exploités
sans vergogne par des promoteurs économiques,
des entreprises du bâtiment, de petites entreprises
chargées de la rénovation des câbles électriques,
des installations de conduites des eaux
usées et de l’eau potable.
Ces enfants, on les trouve
aussi dans les travaux de peintures,
les ateliers de confection
clandestins, de petites unités
de fabrication de peintures cancérigènes
et polluantes.

Plus grave encore, on les
rencontre dans la ville répandre
du goudron sur les rues sans
aucune protection, surtout que
les fumées de bitume sont un
facteur de risque de cancer. Ils
sont tous employés au noir, par
conséquent sans protection
sociale, alors qu’ils encourent
des risques d’accidents de travail
et de maladies professionnelles.
Leur gagne-pain est à
ce prix et ils ne tiennent pas à
le perdre. Ils optent pour un travail
au noir parce qu’ils savent
qu’ailleurs, il n’est pas dit qu’ils
seront acceptés avec gaieté de
coeur. Le problème du travail
des enfants est une réalité à
Bordj-Bou-Arréridj ou dans le
reste du pays, il cessera d’être
un problème dès que seront
reconnus les droits de ces
enfants travailleurs.
Dès lors, ces enfants pourront
bénéficier d’une protection
juridique, alterner travail et
éducation, participant ainsi à la
vie de leur famille, en intégrant
leur propre développement. La
concurrence est souvent rude
sur le marché du travail, il y a
de plus en plus de jeunes qui
ont abandonné leur scolarité,
souvent sans qualification, on y
trouve aussi des diplômés de
l’université de la filière droit qui
souffrent du problème d’emploi.

Ces derniers aussi sont
soumis aux règles de l’offre et
de la demande quotidienne et
celles-là ne connaissent aucun
état d’âme. Ils n’ont rien d’autre
que leur force de travail. L’attroupement
des enfants travailleurs
occasionnels se fait
au niveau des chantiers, dans
des cafés à la rencontre d’un
contremaître.

Ces chefs d’entreprise s’enrichissent
grâce au travail des
enfants. La majorité de ces derniers
font dans la sous-déclaration
des effectifs employés, et
fatalement dans la sous-déclaration
des salaires pour arnaquer
le fisc et la Sécurité sociale.
Les jeunes enfants mineurs
sont rémunérés entre 6 000 et
7 000 DA le mois, pour 9 à 10
heures de travail journalier. Il
va sans dire que la précarisation
de la société génère de fait
la « problématique » du travail
des enfants. Cependant, ce
n’est pas tant le travail des
enfants que leur travail n’est
pas légalement reconnu par les
institutions de la République :
la Sécurité sociale et le fisc, ce
qui laisse la porte ouverte à la
négation de leur droit aussi
bien de travailleurs que d’enfants.

Cette situation tragique ne
rappelle-t-elle pas le livre de
Boualem Sansal Harraga, où
l’héroïne, femme médecin, célibataire
à la recherche de son
jeune frère ayant pris le large,
exprime toute sa révolte face
aux autorités locales restées
sourdes devant le désarroi de
la jeunesse algérienne, en
proie à l’érosion du pouvoir
d’achat, au chômage et au
manque de logement.

Layachi Salah-Eddine

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria