Aissa Boundaoui

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De son vrai nom Hamitouche, Aissa dit "Boundaoui" prit le maquis parmi les premiers moudjahidin de la vallée. Né ne 1927 à Bounda, il était plus âgé que Amirouche de quelques années.

Si Aissa était un pur arabisant, après avoir achevé ses études coraniques au village, il rejoignit la zaouia des Ait Lahdir à Taslent près d’Akbou et devint même enseignant ! Parallèlement à ses études, il accompagnait son père à la chasse pour apprendre à tirer. c’est ainsi qu’il devient un tireur d’élite qui montra d’ailleurs ses preuves au maquis.

A El Yachir où il était enseignant, il fit la connaissance de la famille Belouani d’obédience UDMA. Il devint à la fois militant des Oulémas et du MTLD. Il expliquait son appartenance aux Oulémas par sa formation à l’école coranique et au MTLD, par l’action soutenue au sein de ce parti.

Justement, il était membre de l’OS et à ce titre, il passa à l’action. Accusé d’avoir fomenté une grève, il fut arrêté et condamné à un an de prison ferme. C’est alors que ses amis lui constituèrent Me Benmesbah pour le défendre. Il fut libéré 8 jours plus tard.

Pour fuir les représailles de l’administration coloniale, il se rendit en France, c’était en 1952. Il habitait à Alforville où il tenait un café, en même temps que son frère. Et ce fut précisément là qu’il fit la connaissance de Ait Hamouda Amirouche, ainsi que d’autres militants qui deviendront plus tard des héros de la guerre de libération.

Comme l’ambiance ne lui plaisait pas, il décida de rentrer au pays, vers la fin de l’année 1953. Il disparaissait souvent et commençait à entrer dans une semi-clandestinité. Le 1er novembre, il assista à un double bonheur : celui du déclenchement de la Révolution, et celui de la naissance de son premier fils. Les gendarmes vinrent chez lui pour l’arrêter au début de l’année 1955. Et en avril de la même année, trois personnes habillées en civil étaient venues le chercher à la mosquée. C’était Amirouche Ait Hamouda, le futur chef de la Wilaya III. Il partit avec eux pour le maquis.

Dans son groupe, il devint un farouche baroudeur et un tireur d’élite qui fut à l’origine de quelques coups de mains contre l’ennemi, au cours desquels il récupéra plusieurs armes. Homme de foi, courageux et sage, il devint l’homme de confiance du commandant Amirouche qui lui vouait une grande admiration grâce à ses qualités exceptionnelles de chef de guerre et d’homme tout court. Chose étonnante, ce fut le chef qui admirait le subordonné ! Mais Si Aissa le lui rendait aussi.

Plus tard Si Aissa eut un riche parcours, il se distingua dans l’embuscade de Dellaga, d’El Kantina et de plusieurs accrochages. Il participa à la chasse contre les éléments messalistes qui s’étaient manifestés dans la région de Lafayette (Bougaa), dès le début de la guerre. Il traqua à plusieurs reprises le capitaine Schneider du poste d’El Kantina, mais sans succès. Vers mai 1956, il affronta avec ses hommes, les forces du général Dufour qui organisait la première opération militaire de grande envergure qui avait englobé la région de La Fayette, Bordj Bou Arréridj, jusqu’à Ighil Ali. Il y eut aux côtés de ce général, Maurice Papon, alors Préfet de Constantine.

Si Aissa Boundaoui fut non seulement un exemple de combattant, mais aussi un exemple d’officier de l’ALN, avec des compétences extraordinaires dans le domaine militaire, politique, les renseignements et liaisons, etc. Il s’était révélé un excellent orateur qui savait faire vibrer la foule.

Il gravit tous les échelons au sein des unités combattantes. Toutes ces qualités attiraient sur lui, l’attention des responsables et particulièrement du commandant Amirouche qui le parraina, et le prit sous son sillage pour le préparer à des responsabilités plus importantes. Il voyait déjà en lui, un responsable de haut niveau, et pourquoi pas au niveau de la Wilaya III.

Ce fut probablement sur sa proposition que le Congrès de la Soummam décida de sa promotion en qualité de premier chef de la zone I (rive droite de la Soummam). Avec son grade de capitaine, il portait toujours son fusil "Garant", son arme préférée. Malgré les responsabilités de chef politico-militaire de la zone qui lui étaient confiées, il continuait toujours à vivre au sein des unités combattantes et à participer aux actions militaires.

Si Aissa avait un beau palmarès, jusqu’au jour où il fut victime d’un complot, fabriqué de toutes pièces. Sa stature ne pouvait laisser indifférent, il faisait l’objet d’une grande admiration de la part des djounoud et des responsables. Mais certains ambitieux lui en voulaient d’avoir ravi leur place dans le coeur de Amirouche et des autres responsables ; ils briguaient le poste occupé par Si Aissa et pour y arriver il fallait le "dégommer" en inventant un complot sordide.

"Boundaoui", l’ancien imam, le baroudeur, le responsable doué à plusieurs dimensions, l’ascète, a fait l’objet d’une "cabale" ! Oui, Si Aissa était bien victime d’une "cabale". A l’époque, il nous paraissait impensable que dans les maquis, il y ait place à des complots, des manoeuvres et autres pièges. Nous n’avions jamais compris pourquoi certains hommes qui étaient venus se sacrifier pour le pays, s’adonnaient à des complots, alors que la mort nous guettait à chaque instant, derrière un sentier ou même dans un refuge. Comment certains moudjahidin, sous le prétexte de la sauvegarde de la morale ou en vertu d’un code d’honneur, s’adonnent parfois à des manoeuvres ? Comment croire à l’existence de comploteurs, lorsque l’on sait tout le désinteressement et l’esprit de sacrifice qui animaient les moudjahidin ? Heureusement que les comploteurs étaient rares !

Djoudi Attoumi

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria