Histoire du drapeau algérien : la fille de Messali Hadj répond à Chawki Mostefaï

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Ce n’est pas la première fois que Mostefaï Chawki revendique la paternité du drapeau algérien. Ses dernières déclarations, fantaisistes, voire « abracadabrantesques » et complètement erronées, me donnent enfin l’occasion de cette mise au point afin de clarifier définitivement l’histoire du drapeau national.
Concernant les arguments fantaisistes présentés par Mostefaï au sujet de la manifestation du 1er Mai 1945, j’y reviendrai pour avoir vécu ces évènements et cette période à un autre niveau que lui, mais pas avant de citer un court extrait de mon ouvrage relatif à l’histoire du drapeau : « Une vie partagée avec Messali Hadj, mon père » (Ed. Lazhari Labter et Hibr Ed.). Cette histoire du drapeau qui a également inspiré le roman historique de Mohamed Benchicou « La Parfumeuse » (Ed. Koukou en 2012).
Je cite (page-32) : « En 1933, l’Etoile Nord-Africaine est autonome, elle possède un programme politique : l’indépendance, la lutte contre l’impérialisme et le passage obligé par la Constituante souveraine élue au suffrage universel pour garantir les libertés démocratiques. Elle est régie par des statuts précis, possède également un journal, invente le drapeau algérien – celui que tous les médias qualifieront de drapeau du FLN pendant la guerre de Libération – elle a un siège central officiel situé au 19, rue Daguerre, dans le 14e arrondissement de Paris.
Je reviens sur la conception du drapeau algérien, le seul héritage historique, ô combien symbolique, de l’Algérie actuelle, qui, miraculeusement, a été épargné et a survécu aux multiples ruptures du mouvement national.
Je tiens avant de poursuivre mon récit à démentir solennellement ici les polémiques actuelles visant à déposséder l’Etoile de l’initiative de sa création. Ces polémiques sont alimentées par des imposteurs qui pensent ainsi faire oublier leurs errements passés. Dans ses Mémoires, mon père écrit au sujet du drapeau : « Le 5 août 1934, plus de huit cents Algériens ont assisté à une assemblée générale de l’association. La réunion revêtait une grande solennité car, pour la première fois, on présentait le drapeau algérien vert et blanc frappé d’un croissant rouge. J’avais l’honneur de prononcer le discours d’ouverture devant ce drapeau hautement tenu et entouré d’une garde d’honneur. A la vue de ce spectacle grandiose, les Algériens se sont levés comme un seul homme, en priant et en applaudissant. Des cris de Vive l’Algérie, Vive l’Indépendance, Vive l’Etoile Nord-Africaine ont fusé dans toute la salle. Jamais une telle cérémonie n’avait eu lieu depuis 1830, date à laquelle notre patrie nous avait été ravie… » Je ne terminerai pas cette digression sans ajouter que Mme Messali, ma mère, travaillait à l’époque dans une entreprise de dessin industriel située rue Servan dans le 11e arrondissement de Paris et de fait, elle était la plus qualifiée pour concevoir et élaborer ce drapeau.
L’historique de l’emblème national replacé ici dans son contexte par le père du nationalisme algérien lui-même, et consigné dans ses Mémoires n’est pas discutable. Le drapeau actuel de l’Algérie est identique à celui créé en 1934 par Émilie Busquant, militante à part entière de l’Etoile Nord-Africaine et épouse de Messali.
D’autre part, je tiens à dire afin qu’il n’y ait pas de confusion dans l’opinion, que les péripéties fantaisistes évoquées par Mostefaï sont fausses et extravagantes.

Et je m’explique :
- Faire dire à Hocine Asselah, grand militant, cheville ouvrière du PPA clandestin, particulièrement proche de Mme Messali qui était le seul lien politique avec le chef du parti emprisonné au pénitencier de Lambèse, « que le drapeau en mai 1945 était introuvable parce que confectionné à un seul exemplaire » est une aberration.
Durant toute l’année 1936, alors que Messali faisait la promotion de l’Etoile Nord-Africaine à travers toute l’Algérie, Mme Messali, établie à Tlemcen, confectionne plusieurs drapeaux devant servir dans les manifestations à prévoir, sur la machine à coudre de la famille Guénanèche. Un de ces drapeaux a effectivement apparu à la manifestation de 1937 au cours de laquelle, elle et Mohamed Khider seront arrêtés. De 1937 à 1945, ces drapeaux étaient précieusement protégés et camouflés dans les familles nationalistes. Nous-mêmes à Boghari et à Chellala, en résidence surveillée, en possédions un, bien caché en cas de perquisitions… Il faut savoir également que nous y avons reçu plusieurs fois, la visite de Hocine Asselah ainsi que celle de Lamine Debaghine. De là à faire de Hocine Asselah « un missionnaire chargé de mettre la main sur un drapeau introuvable » et aller même jusqu’à affirmer qu’il « tenait d’un militant les couleurs de ce drapeau », relève d’une imagination sans limites…

Par ailleurs :
- Au sujet de la participation du PPA au défilé du 1er mai 1945, je préciserais que cela était une tradition depuis l’Etoile Nord-Africaine. Ce 1er mai 1945 évoqué par Mostefaï est bien particulier et pourquoi ?
Parce qu’il s’inscrit en effet dans les « évènements dits du 8 Mai 1945 » et qui ont débuté à vrai dire à la mi-avril à Chellala, par l’arrestation de Messali Hadj puis sa déportation au Congo-Brazzaville. Cet évènement sera en outre le facteur déclenchant des importantes manifestations du 1er et du 8 Mai 1945 avec de nombreux drapeaux, des banderoles revendiquant la libération immédiate de Messali Hadj, le droit du peuple algérien à son indépendance et la fin de la répression colonialiste.
Ces manifestations s’élargiront à Sétif, Guelma et Kherrata, nous savons comment elles seront réprimées dans le sang. Seulement désormais la peur changera de camp…
M. Mostefaï, quant à lui, malgré son grand âge, garde une imagination de jeune homme et ne recule devant rien pour satisfaire sa vanité, pas même à se faire passer pour le concepteur de l’emblème national.
J’aurais aimé qu’il apportât une contribution à l’Histoire en nous disant pourquoi et comment, par exemple, il a claqué la porte de la direction du MTLD en 1951 avec quelques-uns de ses amis afin de faire infléchir les positions de Messali Hadj sur une injonction des partis réformistes de l’époque à laquelle il avait apporté toute son adhésion. Cette injonction, véritable ultimatum lancé à Messali par Me Boumendjel, le Dr Francis pour l’UDMA, Larbi Tebessi et Cheikh Kheirredine pour les Oulémas exigeait :
- La dissolution du PPA
- La condamnation de toute action révolutionnaire et de tout terrorisme passé, présent ou à venir.
- La renonciation à toute action auprès des Nations-Unies et de la Ligue arabe.
- La cessation de tout rapport avec le Néo-Destour et l’Istiqlal.
« Tu es porté sur les registres du Gouvernement général comme un révolutionnaire et un agitateur, cesse d’être un révolutionnaire pour devenir un homme politique » se laissera à dire Larbi Tebessi.
Quel chemin parcouru pour celui qui adhérera au FLN et deviendra non seulement un Moudjahid et aujourd’hui le voilà qui réclame la paternité de l’emblème national... et l’imposture continue... !
Djanina Messali-Benkelfat
Le Soir d’Algérie

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Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria