De l’agriculture... Constats, culture et enjeux (1)

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Partout où vous allez , de par le monde ; c’est à dire dans les pays qui travaillent , qui avancent , qui émergent et qui ne croupissent pas dans les guerres civiles , dans la paresse et dans la fatalité de leur arriération et de leur haine de soi …Partout donc , la première chose qui vous frappe la vue et vous saisit , en visitant ces pays , en voiture ou par train , du hublot d’un avion ou du pont d’un navire qui accoste , sur un tapis volant ou d’un œil de satellite dans le ciel ; c’est de voir le spectacle de femmes et d’hommes qui travaillent dans les champs .

Cette image pourtant commune de la vie quotidienne n’en sera que plus saisissante dans sa beauté et dans sa magnificence que lorsque vous venez d’Algérie où les gens ont cessé de se lever le matin de bonheur pour passer leur journée à travailler dans leurs champs et « cultiver leur jardin » comme nous le disait la leçon de notre cher Candide …
Pourtant, disait-on, les algériens, ontologiquement, ont toujours été les Fellahs Eternels. Historiquement, la terre d’Algérie a été le grenier de la Méditerranée après l’Egypte. Les algériens dans leur identité la plus générique ont toujours été les princes des champs et des labours, des paysans et des pasteurs de la plus vieille pâte humaine. Leur pays était plus vaste que le ciel et leurs troupeaux ne se comptaient pas ….
L’Algérie existe depuis que le monde est monde et les algériens sont l’un des plus vieux peuple de la terre. Comment se nourrissaient –ils ? Comment ont-ils survécu jusqu’à aujourd’hui ? Comment ont-ils existé dans l’Histoire et dans la Civilisation, s’ils ne travaillaient pas leur terre, ne labouraient pas leurs champs, ne ramassaient pas leur récoltes, n’élevaient pas leurs poules, leurs moutons, leurs chèvres, leurs vaches et leurs montures …
Mais alors la question lancinante est de se demander si nous sommes à la fin de l’Histoire et de la Civilisation ? C’est très grave de chercher le moment T où les algériens ont cessé de travailler leur terre , de « cultiver leur jardin » , de laisser leurs champs, leurs vergers , leurs prairies , leurs oasis , leurs forêts abandonnés , et où s’amoncellent et s’amassent à la place des récoltes et des Sabas , autour des villes et des villages , le long des routes et dans le ciel , des dépotoirs et des poubelles , des immondices et des déchets , ces tonnes de sacs en plastiques qui tourbillonnent dans les airs ,accrochés aux ronces et aux poussières .Un paysage de Mad Max , un désastre agricole et écologique accompli….
Cela nous ramène, plus sérieusement, aux constats terribles de la problématique de l’agriculture algérienne en voie d’extinction, comme donnée stratégique de la géographie et de l’économie politique du pays en termes de Civilisation.
Le premier constat qui vient à l’esprit de façon empirique et sans aller au fond des choses , dans les interlignes de la statistique , dans les rouages de l’analyse comptable de l’audit et du diagnostic du secteur , c’est que l’agriculture à Bordj et en Algérie , sauf des cas rares , est en jachère presque définitive et en déshérence .
Les anciens algériens, perspicaces, appelaient cette situation des terres non cultivées, abandonnées et ensuite non cultivables, par le concept géologique, agricole, géographique et même moral de « Bled Bor ».
Jadis quand on voulait mépriser un propriétaire paresseux ou dissolu ou des gens absentéistes qui abandonnent et délaissent leurs terres ancestrales ; on parlait de cette carence et de leurs champs et de leurs parcelles comme « Bled Bor » .Suprême et cinglante injure ; quand on fait remarquer que l’étymologie dialectale algérienne de l’adjectif « Bor » provient de la situation de la « Baira », le destin de la terre que ni les hommes ni la nature n’en voudront !
Et du concept de « Bled Bor » local , particulier au concept politico-historique Khaldounien , plus général de « Bilad Siba » , à l’échelle d’un état et d’un territoire , la marge est facilement franchissable et éclaire bien la déchéance ou la régression d’un pays qui commence à se renier comme nation et d’une gouvernance qui se rétracte du concept d’Etat-Nation centralisé , constitué et institué , qui a l’œil sur tout , qui planifie et gère le destin de son peuple et qui fonde son administration nationale sur l’aménagement de son territoire et sur le travail optimum de ses citoyens pour leur assurer de façon régalienne leur bien-être , leur sécurité et leur souveraineté , pour s’acheminer vicieusement vers une sorte de Deylicat dont le seul souci de ses Beys et de ses Sbires est la rapine , la corruption et le racket …
La situation exponentielle de « Bled Bor », inéluctablement, exprime la déliquescence de l’agriculture comme culture et comme économie et nous renseigne sur la menace de « Bilad Siba » qui pèse sur la nation, ouvrant l’appétit de la Dépendance, de la « Colonisabilité » et de la perte de Souveraineté.
Avec la remarque linguistique que le « Siba » est l’expression de la prise de guerre dans ce qu’elle a de plus infamant. On parle des « Sabayas » : les jeunes garçons et les filles du vaincu qu’on destine à la captivité, à la servitude, à l’esclavage sexuel et à la traite. On dit aussi d’un patrimoine, d’une maison, d’une terre, d’une propriété « Saiba », c’est à dire abandonnée, non défendue, délaissée comme une dépouille et sujette à la convoitise des étrangers, à l’avidité des charognards et à la gloutonnerie des prédateurs …
(A SUIVRE)
Laid MOKRANI

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria