Bouzned BOUADJAR : “Je porte les couleurs algériennes sur les plus hautes montagnes du monde"

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Bonjour, qui êtes-vous Mr Bouzned Bouadjar ?

Je suis alpiniste et membre du Club Alpin Français de Lyon, actuellement engagé dans le challenge des Seven Summits qui consiste a gravir les points culminants de chaque continent, je suis à mi-parcours de mon challenge. C’est une première algérienne puisque je suis le premier franco-algerien au monde a être engagé dans ce challenge , je porte les couleurs algeriennes sur les plus hautes montagnes du monde.

Vous venez d’achever une expédition.

Oui, le mont Aconcagua (6962m) en Argentine
point culminant du continent Americain, dorénavant il faudra compter l’algerie
auprés des autres nations qui ont conquis ce sommet, le 20 janvier 2008 à
17h3O

Sommet de l'Aconcagua


Quelles principales difficultés avez vous
rencontré ?

Cette expédition en Argentine fut très
longue et délicate et dura trois semaines
au total, entre la marche d’approche
(phase d’acclimatation) jusqu’à
l’ascension proprement dite. Un
exemple : deux personnes de ma cordée
(sur quatre) ont dû abandonné,
dont une en raison d’un oedème cérébral.

Moi-même, j’ai plusieurs fois eu
envie d’abandonner, mais le fait de
repenser à ma famille, à mes amis m’a
poussé à m’accrocher jusqu’au bout.

À une telle altitude, les risques sont
énormes, le moindre faux-pas ne pardonne
pas. En montagne, il n’y a pas
de place pour la chance, seule l’expérience
parle et sert à quelque chose.

Personnellement, j’estime avoir le
mental pour atteindre mes objectifs,
mais en cas de défaillance physique,
je saurai m’arrêter à temps… Pas
question de mettre en danger la vie
des autres membres de ma cordée !

Que retiendrez-vous de votre passage
dans la Cordillère des Andes ?

Il s’agit d’un espace presque lunaire,
très sec. Nous avions l’impression
d’être dans un autre monde qui bouge
sans cesse et donne l’impression
d’être très instable. L’Argentine tire de
telles ressources financières de son
parc naturel que les autorités sont très
strictes sur son respect. Afin de maintenir
sa propreté, chaque individu
conserve ses propres excréments
dans un sac qui est pesé à la fin du
périple ! Et en cas d’infraction, les
amendes peuvent aller jusqu’à 300
euros…

Autre souvenir, la fatigue ! À raison de
20 kilomètres de marche par jour et
de multiples allers-retours entre
les différents camps, nous étions
exténués.

Enfin, il y a le combat contre les
éléments naturels, notamment le
“Blanco Viento”, un vent d’une violence
inouïe (jusqu’à 120 km/heure !)
qui souffle par intermittence et vous
donne l’impression de prendre un
avion en plein visage. Faut faire
avec…

Que ressent-on une fois arrivé au
sommet ?

Au début, je n’y croyais pas. De plus,
tout va très vite là-haut. À peine les
photos souvenirs étaient prises qu’il
fallait déjà penser à repartir. J’ai commencé
seulement à réaliser la nature
de cet exploit sportif et humain après
mes 18 heures (!) de redescente.

On n’en voyait plus le bout.
Contrairement à ce que l’on croit, la
descente reste la partie la plus
dangereuse car tout peut finir à la
moindre erreur. Il faut savoir garder sa
lucidité et ses réserves.

J’éprouve naturellement un sentiment
de fierté d’être allé là-haut, d’avoir fait
flotter les drapeaux de ma ville,
Pierre-Bénite, de la France, de
l’Algérie et de l’Union européenne.
Des échanges avec des membres du
Club des “seven summits” m’ont
permis de vérifier que je suis à ce jour
le premier alpiniste franco-algérien à
être allé à cette altitude.

Les autorités argentines m’ont remis
le certificat officiel qui valide mon
ascension ; me voilà désormais un
alpiniste “andiniste”.

En attendant de devenir un “himalayiste”
en 2009…

Effectivement. Faire l’ascension du
Mont Everest, situé dans l’Himalaya,
constitue désormais mon prochain
défi, prévu l’an prochain. Cette expédition
en Argentine fut un test grandeur
nature. Bien sûr, il y a encore de
nombreux détails à peaufiner pour
optimiser ma préparation : la condition
physique, le matériel (duvets et
gants résistant au grand froid par
exemple), mais je sais que j’ai rendezvous
avec l’Everest. Il me reste un an
pour bien me préparer. Je précise
d’emblée que l’ascension se fera avec
oxygène, même si d’autres alpinistes
comme Messmer et Herzog l’ont faite
sans par le passé. Pour ma part, je
pense qu’il faut savoir rester raisonnable
quand on a une famille et des
enfants qui comptent sur vous.

Par ailleurs, je commence à intéresser
d’éventuels sponsors et des médias,
comme en témoignent les reportages
que m’ont consacré notamment la
radio France Inter, des télévisions
locales comme France 3 Lyon et M6
ou encore le quotidien gratuit Métro.

Je profite de cette occasion, pour lancer un appel à l’Algérie pour m’aider dans mon entreprise : j’espère que la Sonatrach (qui a sponsorisé mon ascension du Mont Blanc en 2004), répondra à nouveau favorablement au dossier que j’ai envoyé par la voie consulaire, mon souhait le plus cher est que d’autres entreprises me soutiennent, je suis prêt à porter leur nom et leur marque sur les sommets du monde, comme je porte celles de l’Algérie. J’ai également écrit à la Présidence de la République algérienne.

Enfin, je tiens à remercier toutes les
personnes qui ont cru en moi et me
soutiennent dans mes projets.

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria