LES CAVALIERS DE LA HONTE

, par  Rebbache Laid , popularité : 2%

Mon père est né présumé en 1905 à Medjana à 11 kms au nord ouest du chef lieu de wilaya de Bordj Bou Arréridj. Après un voyage en France durant les années 1930-1934 en sa qualité de travailleur émigré à Précy sur Oise dans l’usine de Chaux de Boran où après son retour, il a pu acquérir une maison au Faubourg Lagraphe (la maison de mon texte « la nuit des héros »).

En ce temps là, il fallait trouver un travail afin de subvenir aux besoins de la famille.

A la S.I.P.(Société Indigène de Prévoyance), organisme d’Etat de collecte et de distribution de céréales au détail où la vente de cette denrée alimentaire se faisait par un contenant dit –mesure-(guelba en dialecte local), un quintal de blé équivaut à cinq mesures et un quintal d’orge équivaut à sept mesures.

En attente devant le dock pour d’éventuel arrivage de camions , il employait son échine en sa qualité de portefaix payé à la tâche.

Dès le début de la première guerre mondiale (1939-1945) Mr Aktouche Lahcène de BBA chargé à cette époque des mouvements de stocks de céréales de cet organisme lui a attribué l’emploi de manutentionnaire payé à la journée après accord de sa direction.

Le Président de cette société était l’Administrateur de la Commune Mixte, en voisinage des docks au faubourg des jardins , qui venait de temps à autres rendre visite au magasin et assistait à la distribution des blés aux consommateurs autochtones et faisait sortir mon père afin de se libérer de la poussière facteur d’obstruction des voies respiratoires.

La Commune Mixte est dirigée par un haut fonctionnaire nommé par le pouvoir central : l’Administrateur, c’est en quelque sorte le Gouverneur local, il préside le conseil de la commune et concentre tous les pouvoirs.

Cette commune mixte, outre les agents de bureau, était encadrées par les valets en costume kaki où la majorité vêtue à la façon locale avec turbans ou chèche sur la tête et pantalons amples dit seroual serdj également de la couleur brun jaunâtre, habit officiel pour le respect de ces représentants de l’Etat, on les appelait daïra au singulier et douaïr au pluriel .

Ces derniers illettrés, étaient affectés à la réception afin de maintenir l’ordre auprès des indigènes venus se faire délivrer les pièces d’état civil, car à cette époque seule la ville de BBA avait une mairie et le reste de la région était soumis en premier à l’autorité des Caids secondés par les khodja (secrétaire) qui rapportaient à la commune mixte pour inscription officielle les éléments nécessaires de leurs circonscriptions.

Ces serviteurs dont certains étaient serviables auprès de leurs frères algériens tandis que d’autres exprimaient leur méchanceté, ces derniers aux paroles méchantes se rendaient au dock à céréales momentanément et à tour de rôle afin de satisfaire leurs curiosités.

Ils ont remarqué que l’ouvrier (mon père) de tous les jours était le même travailleur. A la question posée au magasinier Mr Aktouche avait dit que l’embauche était sur ordre de la direction. Ces cavaliers ont proposé au magasinier qu’il fallait dégager cet individu sale et pouilleux, ne méritant même pas les regards, des insultes rancunières et des jets de salives lui étant flanqués sur son visage. Auparavant, Mr Aktouche avait suggéré à mon père de garder le silence au cas où les cavaliers représentant l’Administrateur portaient atteinte à sa dignité.

Le même scénario se voyait continué par ces méchants, pendant des mois avec tous les éléments de mépris et lui déclaraient que la fin approche. A une semaine de ce ton verbal de menace, deux individus de grande taille armés de gourdins lui coupèrent le chemin entre le faubourg des jardins et le faubourg Lagraphe au milieu de la prairie dite Merdjet Kara aux herbes de fourrages dépassant le un mètre de hauteur, afin de l’anéantir à jamais. Comme mon père, sentant le danger d’où qu’il vienne, portait une arme blanche dans sa poche et au regard de cette arme et la force de pouvoir se défendre , les deux individus fuyaient la scène.

Les méchants serviteurs de l’Admistrateur n’ont pas été satisfaits de sa présence quotidienne dans sa besogne au dock.

Des jours et des mois passèrent avec des insultes interminables au sein même de l’organisme et personne n’osait les contrarier même le magasinier qui a reconnu son infériorité devant ces méchants de la cruauté. Le plaisir à voir souffrir tout être humain durant son existence tel est leur vouloir désiré.

Un jour le magasinier avait reçu l’ordre de la direction de l’organisme de mettre fin aux fonctions du seul ouvrier manutentionnaire.

Mon père me disait que dès qu’il a appris cette inquiétante nouvelle par décision verbale, il s’est vite se renseigner auprès de la direction où cette information a eu pour expéditeur par écho de l’Administrateur Adjoint.

Le lendemain , il avait changé ses vêtements de travail et est allé directement frapper à la porte de l’Administrateur où après annonce par le majordome à son patron de sa venue , ce dernier a recommandé de le faire diriger à la cuisine pour la prise du petit déjeuner. L’Administrateur reçoit mon père dans son bureau vu qu’il le connaissait comme étant l’ouvrier de la S.I.P., Et à chaque visite du dock l’Administrateur se rappelle de son action de la sortie de cet ouvrier de se dépoussiérer et prendre de l’air pur et la nouvelle de sa venue était de l’informer de son licenciement .

Mis en colère devant ces méfaits ,il s’est empressé devant mon père de téléphoner en premier lieu à la direction de l’organisme, dont il est le Président, qui à son tour a écarté sa responsabilité et avoué son Adjoint auteur de cette mésaventure.

L’Adjoint appelé sur place a mis le poids sur les cavaliers, mon père connaissait le français sans pour autant répondre, l’Administrateur a rappelé à son Adjoint qu’il ne fallait pas écouter les cavaliers car ils sont créateurs de multiples problèmes envers les indigènes et ce pauvre ouvrier de poussière a été l’une de leurs victimes .

Mon père rejoigna son travail et la rancune s’installa d’ores et déjà avec les cavaliers aux paroles désagréables.

Mr Aktouche fut muté au siège de la commune mixte des Maadid comme commis aux écritures et est remplacé aux fonctions de magasinier par un européen Mr Pinel où par la suite a totalement interdit l’entrée des docks à ces serviteurs méchants de la dite commune mixte.

Le calme est revenu et le nombre d’ouvriers a augmenté.

Après la deuxième guerre mondiale (1939-1945) le statut de création de la SIP a été modifié en SAP (société agricole de prévoyance) fini le mot indigène.

Avant la révolution algérienne , Mr Pinel a été remplacé par Mr Poli en sa qualité également de magasinier.

Les douairs ou cavaliers avaient tenté à plusieurs reprises de créer la zizanie au sein des ouvriers ,ils furent expressément interdits d’accès, car ces méchants serviteurs n’ont aucun pouvoir devant les européens.

Et vint la révolution libératrice (1954-1962) où le chahid Said dit Mohamed ZERROUKI était , en son vivant avant de rejoindre le maquis, commis aux écritures à la dite commune et connaissait les pratiques intolérables de ces valets envers les citoyens.

En installant les membres de cellules du F.L.N. de la ville de BBA ,le Chef politico-militaire suit de très près la situation de la ville (voir mon texte « la nuit des héros ») où le changement du tempérament a abouti à la docilité et le respect envers autrui.

Après l’indépendance , mon père et après sa mise en retraite, il effectue en 1966 un pélerinage à la Mècque et un autre en 1969 puis le dernier en 1975 où après avoir accompli son devoir il rendit l’âme deux jours avant son retour au pays, en ce jour jeudi 18 décembre 1975 à l’âge de 70 ans et inhumé au cimetière de Lalla Khédidja à MEKKA .

REBBACHE Laid

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria